New-York, le 24 septembre 2026
Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Générale,
Majestés, Altesses,
Excellences Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,
Honorable Assistance, en vos rangs, titres, grades et qualités,
Mesdames et Messieurs,
السلام عليكم ورحمة الله وبركاته
Je voudrais, à l’entame de mon propos, exprimer aux Autorités américaines, au nom de la délégation comorienne, nos sincères remerciements, pour les dispositions d’accueil et de séjour qu’elles nous ont réservées, depuis notre arrivée à New-York, à l’occasion de cette 81ème Session de notre Assemblée.
Permettez-moi aussi, d’adresser mes félicitations à Son Excellence Dr Khalilur Rahman, pour son élection à la présidence de la présente Session et lui souhaiter pleine réussite dans sa noble mission.
C’est également l’occasion de rendre un hommage mérité à Son Excellence Madame Annalena Baerbock, pour son action et sa sagesse, dans la conduite des travaux de la précédente Session.
Qu’il me soit permis, dans le même élan, de rendre un grand hommage mérité, au leadership de Son Excellence Monsieur Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, et de saluer son engagement en faveur de la promotion de la paix et du développement, face à un ordre international fortement mis à rude épreuve.
A l’heure où il va transmettre le témoin de notre Organisation, dans un contexte international tendu et incertain, je formule tous mes vœux de réussite à la personne qui le succédera à ses fonctions.
Face à un contexte mondial marqué par une crise de confiance envers les institutions internationales, souvent perçues comme privilégiant le rapport de force au détriment du droit, notre Organisation se doit de dépasser les intérêts partisans.
In-Shà-Allah, le prochain leadership saura incarner l'unité et le renouveau d'un multilatéralisme plus crédible.
Il sera essentiel en effet, que cette voix défende les aspirations des pays en développement, avec une attention particulière pour les États insulaires et vulnérables, afin de forger des réponses solidaires aux défis qui nous lient.
Depuis 81 ans, cette Assemblée générale demeure le pilier central du multilatéralisme.
Pourtant, alors que nous nous réunissons à New York, l’humanité est à la croisée des chemins.
En effet, un constat lucide s'impose : malgré nos efforts, les Objectifs de développement durable de l'horizon 2030 demeurent, malheureusement, hors de portée.
Le creusement des inégalités, l’urgence climatique et la fragilité de la paix internationale exigent de nous une lucidité nouvelle.
Dans ce monde incertain, il est impératif de restaurer la confiance, le respect mutuel et l'égalité de tous devant le droit.
Telle est, au cœur de cette 81ème session, notre responsabilité collective.
Monsieur le Président,
Honorable assistance
Il y a un an, nous appelions ici même à faire de la paix le socle de notre développement et des droits humains. Douze mois plus tard, force est de constater l'écart entre nos engagements et la réalité.
Partout dans le monde, du Moyen-Orient au Sahel, en passant par les Grands Lacs, l’Europe de l'Est et l'Amérique latine, des populations civiles continuent de payer le prix fort de conflits aux intérêts souvent inavouables.
La guerre meurtrière au Proche-Orient, marquée par des pertes civiles massives et des destructions d'infrastructures critiques, qui a entrainé la paralysie du détroit d'Ormuz, s’est étendue à la Syrie et au Liban sous l'effet des opérations militaires menées par l’Etat d’Israël, et engendre des conséquences majeures sur l'économie mondiale.
Outre l’onde de choc mondiale qu’il a provoqué, ce conflit fait peser des menaces directes sur la sécurité alimentaire et énergétique des pays vulnérables comme l’Union des Comores, qui dépendent fortement, des importations et sur le pouvoir d'achat de nos populations.
Cela exige une solidarité internationale accrue face à cette insécurité partagée.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Laisser persister le conflit au Moyen Orient, fragilise directement notre Organisation des Nations Unies en remettant en question sa capacité à maintenir la paix mondiale et en érodant sa crédibilité auprès des peuples que nous représentons.
Le thème de cette 81ème session reconnaît cette rupture et admet que quelque chose s’est brisée.
C’est pourquoi, il est impératif de restaurer la confiance, non plus par de nouvelles promesses, mais par des actes garantissant la primauté du droit et la sécurité collective.
Il est temps de dépasser les rapports de force pour fonder une nouvelle éthique humaine, transcendant les clivages, les questions de races, de couleurs et de croyances et ancrée dans la préservation de notre écosystème commun.
Créée en 1945 sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale, notre Organisation a pour vocation de garantir la paix, la sécurité et l’égalité souveraine des États dans le respect strict du Droit international. Sans ces principes, elle ne serait qu'une tribune vide.
Or, depuis notre dernière rencontre, ici, en septembre 2025, le génocide en Palestine poursuit son œuvre macabre.
Des centaines de milliers de palestiniens civils, des femmes, des enfants et des vieillards ont perdu la vie et des populations entières sont au bord de l'extermination.
La communauté internationale, retrouvera sa crédibilité, d’abord par l’action qu’elle entreprendra en urgence, pour faire taire les armes, préserver les vies des civils, israéliens, palestiniens, libanais, syriens pour parvenir à terme, à l’application des résolutions de l’ONU, qui préconisent notamment, la solution à deux Etats, israélien et palestinien, coexistant pacifiquement.
C’est un préalable aux autres transformations, susceptibles de relever, avec justice, les défis climatiques, les enjeux de l’intelligence artificielle et les impératifs du développement durable.
Dès lors, nous pourrons faire du droit au développement le pilier du multilatéralisme, en facilitant l’accès aux financements durables et en réduisant les inégalités mondiales.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de citer un grand écrivain africain Chinua ACHEBE, qui disait ceci :
« Lorsque nous nous rassemblons au village, au clair de lune, ce n’est pas à cause de la lune. Chaque homme peut la voir dans sa propre cour.
Nous nous réunissons parce que c’est bien de le faire. Continuons donc avec l’esprit d’équipe et profitons du pouvoir de la solidarité.
Si nous sourions ensemble, ce n’est pas parce que nous n’avons pas de problèmes, mais parce que nous sommes plus forts que les problèmes ».
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Depuis un demi-siècle, l’État comorien, toujours en quête de sa souveraineté, dans ses frontières reconnues par le Droit international, reste sous occupation illégale française, malgré les nombreuses résolutions pertinentes de notre Assemblée.
La partie comorienne qui a toujours privilégié la résolution pacifique de ce différend a toujours cru et estimé qu’il n’y a pas d’autre alternative que le dialogue.
Ce dialogue, nous l’avons a engagé avec la France depuis deux décennie, pour parvenir à un dénouement pacifique de ce contentieux qualifié de désagréable par feu le Président français François Mitterrand.
Nous regrettons que ce dialogue n'ait pas abouti.
Au contraire, les actions unilatérales françaises, notamment sur le continent africain, contreviennent à nos attentes.
Nous déplorons profondément, les velléités de certains pays voisins, frères et amis, qui ont toujours défendu la souveraineté et l’intégrité territoriale des Comores, d’établir des relations avec une partie occupée de notre territoire.
Nous en appelons à la solidarité dont les pays africains ont toujours su faire preuve, pour défendre leur souveraineté en général et, en particulier, l’intégrité territoriale des Comores.
Nous condamnons fermement les initiatives de coopération avec les autorités locales de Mayotte ainsi que les récentes déclarations du Premier Ministre français, liant l'aide au développement à la traque du migrant.
En vertu des résolutions 3385 du 12 novembre 1975 et 31/4 du 21 octobre 1976 de l’Assemblée générale, ainsi que 376 du Conseil de sécurité, les Comoriens sont chez eux à Mayotte.
Pour la Nation comorienne, la souveraineté des Comores sur l'ensemble de son archipel n’est pas à vendre.
Nous exhortons ainsi les autorités françaises à engager une refonte de leur narratif politique, à revoir les mesures récemment annoncées et à privilégier une coopération fructueuse et un partenariat gagnant-gagnant pour le France et pour les Comores.
Il est en effet impératif de bâtir un avenir harmonieux, tenant compte des bouleversements géopolitiques actuels et de la fragilisation des alliances traditionnelles.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Le développement demeure au cœur de notre ambition nationale.
Depuis 2019, les Comores se sont dotées du Plan Comores Émergent, une feuille de route structurante visant à moderniser nos infrastructures, dynamiser notre secteur privé, et offrir à notre jeunesse les emplois décents qu'elle mérite.
Avec un besoin de financement de 5,2 milliards de dollars sur dix ans, ce plan est le moteur de notre transformation.
Si des progrès tangibles ont été réalisés, avec une croissance du PIB portée de 1,9 % en 2019 à 3,8 % en 2025, le chemin reste long : il nous faut encore mobiliser davantage des financements internes et externes pour atteindre nos objectifs.
Face à la rareté et au coût croissant des ressources financières, nous restons toutefois freinés par des critères d'accès au financement concessionnel déconnectés de la réalité.
Pour un petit État insulaire comme le nôtre, les indicateurs de revenu ne sauraient occulter notre vulnérabilité multidimensionnelle.
C’est pourquoi les Comores appellent avec force à une réforme profonde de l’architecture financière internationale.
Une telle réforme est un impératif pour garantir notre droit au développement et assurer que les Banques multilatérales intègrent enfin la réalité de nos fragilités dans leurs politiques d’allocation.
Forts de ces résultats macroéconomiques encourageants et de notre détermination à atteindre les seuils supérieurs des pays à revenu intermédiaire, nous abordons désormais une phase décisive.
Pour la période 2027-2030, nous entamons une nouvelle étape d’accélération du Plan Comores Émergent. Nous invitons nos partenaires bis et multilatéraux, ainsi que le secteur privé, à se joindre à nous pour transformer cette ambition en une réalité durable pour le peuple comorien.
Monsieur le Président,
Majestés, Altesses, Excellences,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec une profonde gratitude que je salue l’inscription, lors de la dernière session du Comité du patrimoine mondial à Busan, de six Médinas des Sultanats historiques des Comores sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Cette reconnaissance historique, fruit de vingt années de travail, honore notre nation.
J’exprime mes plus vifs remerciements à l’ensemble des partenaires dont l’accompagnement technique et financier a rendu ce succès possible.
Par ailleurs, mon pays, l’Union des Comores, s’apprête à accueillir, dans un an, pour la première fois de son histoire, les Jeux des Îles de l’océan Indien.
Ce rendez-vous sportif des jeunes de notre sous-région, reste l’un des moments forts des acteurs de demain, à la recherche de cohésion et d’épanouissement, dans un monde traversé par les divisions et le rejet de l’autre dans sa diversité.
Dans cette perspective, je voudrais adresser ma profonde gratitude, au nom du peuple comorien, aux différents pays et partenaires qui nous ont apporté leur soutien en vue de la réalisation de cet engagement national, de portée régionale et internationale.
Nous comptons ainsi, faire de cet évènement, une éclatante réussite pour les jeunes de l’océan Indien.
Monsieur le Président,
Au terme de mon propos, je lance un appel pour une action d’envergure afin de rétablir la confiance entre nos Nations, en étant équitables, justes et solidaires.
Assurons la transformation, en faisant de l’Organisation des Nations Unies, notre maison commune, une Organisation plus crédible et d’espoir pour l’avenir.
C’est à ce prix que nous nous donnerons le pouvoir d’agir, en toute humanité, pour l’humanité, dans ses différences et sa diversité.
Je vous remercie.